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Etre belle dans la jungle

Vendredi 04 Février 2011 à 19h46

Par Marie des neiges, dans la catégorie : Art et culture

La lumière du soleil se reflète sur sa longue chevelure noire aux étranges reflets bleutés, derrière sa frange coupée nette, ses yeux malicieux s’illuminent à chaque éclat de rire. Quelques rides creusent le visage de Manuela, seul signe révélateur de son âge avancé.  L’espace d’un instant, on se demande quel est le secret de ces magiciennes des bois dont les chevelures abondent, sans un seul cheveu blanc.  Auraient-elles découvert le secret d’une éternelle jouvence capillaire ?


Des traces, semblables à de l’encre bleue, inondent le front de Manuela et  nous mettent sur la piste : les femmes de la jungle se teignent les cheveux ! Elles ont découvert parmi les trésors de la forêt un fruit, le Huito, dont les vertus sont d’embellir la chevelure, de la rendre plus forte, de lutter contre les pellicules, tout en couvrant les cheveux blancs !


Manuela appartient à l’ethnie Shipibo-conibo, l’un des peuples indigènes les plus nombreux d’Amazonie péruvienne. Comme toutes les femmes de son ethnie, elle porte un vêtement traditionnel, composé d’une courte blouse de couleur vive et d’un tissu brodé enveloppé autour de ses hanches. Ce tissu, appelé « kené », est brodé de lignes colorées formant un incroyable labyrinthe visuel de « chemins ». Lorsque les femmes shipibos se déplacent, ces dessins semblent bouger avec elles, créant ainsi une extraordinaire œuvre d’art mouvante, vivante, et vibrante.


Lors de nos visites dans des communautés indigènes, nous sommes souvent frappés par la grande beauté des femmes, de leurs vêtements brodés de graines, de leur longue chevelure et de leurs peintures corporelles. Mais une question persiste dans nos esprits. Est-ce que nos regards d’occidentaux perçoivent comme beau la même chose que les peuples amazoniens ? En d’autres termes, qu’est ce que cela signifie pour eux être beau ou belle ?


 



Crédit: Sean Hawkey


 


C’est en posant cette question à des femmes de différents groupes ethniques, et en observant leur air interloqué accompagné d’un long silence, que nous nous sommes rendus compte à quel point la réponse était loin d’être évidente.


Même si le terme de « beauté » est utilisé sans cesse et dans tous les sens, ce n’est pas une notion universelle. Dans son Traité du beau en 1715 ,le suisse Jean-Pierre de Crousaz  introduit l’idée  que le terme de beauté « …n’est pas absolu mais il exprime le rapport des objets que nous appelons Beaux avec nos idées, ou avec nos sentiments, avec nos lumières, ou avec notre cœur, ou enfin avec d'autres objets différents de nous-mêmes »…Ainsi chaque société, chaque culture, voir chaque individu va  élaborer sa propre définition du beau et ses propres critères de jugement.


La notion de beauté pour les peuples indigènes d’Amazonie est fort différente de la notre. En occident, la beauté est souvent régit par la vision d’un corps parfait dont il faut couvrir les imperfections.


L’une des idées couramment associée à celle de beauté est qu’il faut « souffrir » pour être belle. En Amazonie, il faut « travailler » pour être belle ! Pour les peuples amazoniens, la beauté n’est pas tant associée à un aspect esthétique, qu’à des notions de valeurs morales personnelles.


Une belle femme, est une femme qui travaille dur aux champs, et qui par ses efforts et sa générosité va apporter à sa famille tout ce dont elle a besoin pour vivre. En travaillant, le corps s’embellit, se forme, se sculpte et se muscle, témoignant ainsi de la force et de la vigueur de la femme. La rondeur et les muscles représentent l’un des canons de beauté pour les femmes indigènes.


Lorsqu’elles se parent de  vêtements tissés avec une grande finesse, les femmes Shipibos disent au monde entier : « Regardez comme je suis travailleuse, regardez comme je suis productive, regardez comme je suis généreuse, regardez comme je suis belle » !


 Les hommes fuient les femmes trop maigres craignant qu’elles ne puissent pas avoir suffisamment de force pour pouvoir travailler. Lorsque les jeunes filles ont leurs premières règles, elles vivent un rituel d’initiation leur permettant de devenir femmes. Lors de ce rituel, elles consomment des plantes qui vont les faire « grossir » et leur donner les formes et la force nécessaire pour assurer le dur labeur de la terre et plaire ainsi à leurs futurs prétendants.


La beauté en Amazonie est aussi associée à la notion de santé. Les femmes recèlent de remèdes secrets utilisant des plantes pour couvrir leurs cheveux blancs, pour éviter la chute de cheveux, pour effacer les tâches sur la peau ou encore pour maintenir leurs dents saines. Ces rituels de beauté servent à maintenir le corps en bonne santé et à masquer les signes de perte de vitalité. Perdre sa vitalité ou sa santé, conduit à ne plus pouvoir travailler et à devenir un poids pour sa famille et pour la communauté. Au cœur de la jungle, il n’y a pas de place pour la paresse, et la survie n’est possible qu’en subvenant aux besoins primaires de chaque être humain c'est-à-dire en produisant de la nourriture par la chasse, la cueillette et la récolte.


 



 


Pour plaire, les femmes indigènes s’efforcent d’avoir une chevelure noire et abondante, d’avoir un corps fort, de chasser les traces de tâches et les rides sur leur visage. Il existe bien évidemment de la compétition entre elles pour être la plus belle. Au delà des critères physiques, les femmes démontrant la plus grande vivacité d’esprit et témoignant le plus d’ardeur au travail seront considérées comme les plus désirables.


Loin d’être un attribut naturel et inné, la beauté des femmes indigènes se travaille et se construit jour après jour, nourrit par leurs gouttes de sueurs et leur courage. Dans le secret de leur salle de bain à l’air libre, elles utilisent des remèdes à base de plantes, de racines et d’écorces, dont elles gardent jalousement les noms et les doses, qui leur permettent de ralentir les effets du temps. 


Si la notion de beauté revêt des acceptations différentes suivant les cultures,  il existe des préoccupations qui, de Paris à Tokyo en passant par le fin fond de la jungle restent universelles et communes entre toutes les femmes ! 


Au cours des prochains jours, nous partagerons avec vous la vision et quelques secrets de beauté de femmes de différents peuples andins et amazoniens. 

Mots-clés : beauté, femmes indigènes, jungle, pérou, plantes, remèdes, secrets

Les commentaires :

  1. Samedi 05 Février 11 à 14h32, par saget
    merci pour cet article, leur vision de la beauté est plus complète que la notre !
    Il me tarde de connaitre les quelques secrets de beauté que ces femmes ont bien voulu partager avec toi !!
  2. Mardi 15 Février 11 à 16h38, par Aïny/Marie
    Leur vision de la beauté est plus globale et est basée surtout sur la notion d'harmonie : harmonie en soi (être en bonne santé) et harmonie avec le reste de la communauté. Les femmes indigènes connaissent des centaines de secrets de beauté qu'elles gardent secrètement ! Il reste tant de choses à découvrir sur les cultures amazoniennes !!!A bientôt
  3. Lundi 02 Mars 15 à 16h24, par mialulu
    Bonjour,

    J'ai toujours été fascinée par le Pérou, j'irai la-bas un jour c'est sur.. magnifique culture !! Savez vous où je peux me procurer du ''Huito'' ???

    Merci beaucoup,
    Mia

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