Les peintures rêvées de Rember Yahuarcani

Lundi 11 Octobre 2010 à 20h21

Par Marie des neiges, dans la catégorie : Art et culture

A l’origine était le rêve.


Dans la cosmovision « huitoto » on raconte que le monde fut d’abord rêvé avant d’être créé. Il existe la coutume dans les cultures amazoniennes de se saluer en demandant : « Que t’a dit le rêve ? ». En se souvenant de ce que l’on a rêvé, puis en le partageant, on donne de la couleur à la mémoire. L’une des clés pour entrer dans le monde des rêves est « l’ampiri », mélange sacré d’essence de tabac et de sel de la forêt qui est léché. Une fois que le rêve a parlé, le travail de création peut commencer.


 



 


A l’origine était la peau. Parée, poudrée, pigmentée par les teintes naturelles de racines, de feuilles, de terres, ou de fruits, la peau fut le premier support vivant et éphémère de leur langage. Les peintures corporelles n’ont pas pour objectif premier d’être décoratives mais représentent un langage complexe et codifié dont le sens n’est entendu que par quelques membres de l’ethnie ou du groupe. Derrière les formes de spirales, de rayures ou de points se cachent des personnages, des histoires, des lieux ou encore des rituels. Certains dessins, réalisés avec des résines odorantes, ont des fonctions curatives.


A partir des années 70, les communautés « huitoto » commencèrent à recevoir des visites de l’extérieur (touristes aventuriers, anthropologues, chercheurs, etc.) marquant ainsi le début de la demande pour l’artisanat. Pour y répondre, les artistes « huitoto » utilisèrent la « llanchama », écorce d’un arbre qui a été longuement travaillée et assouplie, offrant ainsi un support idéal pour la peinture. Les premières peintures représentaient des paysages et des animaux, puis peu à peu elles ont évolué vers l’illustration des rituels et des mythes de l’ethnie.


A l’origine était Martha, la grand-mère de Rember et l’une des deux dernières membres du clan « Aymenu », le clan des hommes du ciel. Dans le passé, les « huitotos » étaient regroupés en clans distincts avec chacun une histoire, une langue et des traditions propres. Le boom du caoutchouc à la fin du 19 è siècle, en introduisant l’esclavagisme, les déplacements forcés des indigènes et de nouvelles maladies, va causer la disparition progressive du clan Aymenu. Aujourd’hui à peine 800 huitotos vivent au Pérou.


 



 


Rember Yahuarcani López est né il y a 25 ans dans le petit village de Pevas situé à 12 heures de bateau d’Iquitos la plus grande ville amazonienne au nord du Pérou. Il s’initie très jeune à l’art de la peinture et de la sculpture avec son père qui est artiste. Il découvre les mythes et rituels de son clan, sources principales de son inspiration, en écoutant les histoires de sa grand-mère paternelle, Martha. Passionné par la mémoire de son peuple et préoccupé part la disparition imminente de sa culture, il commence un travail de reconstitution de leur patrimoine immatériel. A force de recherche, il réussit à réunir trente trois contes qu’il a illustrés et qu’il est en train de faire publier.


En 2003, il remplace son père alors invité à participer à une exposition à Lima. Lors de ce séjour il reçut de nombreux encouragements à persévérer dans son travail. Il décide donc de s’installer dans la capitale afin d’approfondir sa technique et trouver de nouveaux débouchés pour sa peinture. Cet exil le pousse à s’adapter à l’espace urbain et à développer de nouvelles formes d’expression. S’il n’utilise plus « l’ampiri » pour avoir des visions, il puise encore dans ses rêves pour trouver la source d’inspiration. Sa peinture évolue au fil des années et se détache des codes figuratifs traditionnels de la peinture amazonienne. Tout en gardant en filigrane l’essence huitoto, les toiles de Rember ouvrent désormais vers une nouvelle proposition artistique, plus cosmopolite et contemporaine.


De nouveaux horizons se dessinent pour l’artiste hors des frontières du Pérou où ses visions oniriques des entités mythiques de la forêt sont exposées régulièrement.


Quand ses projets le tiennent éloigné trop longtemps de la forêt et des esprits qui l’habitent, il chante des icaros enseignés par sa grand-mère. Ces chants sacrés aux pouvoirs curatifs génèrent la paix intérieure, lui donne de la force et de la vie: « ces chants me font sentir comme si la Terre-mère était avec moi et me prenait par la main ».


C’est aussi ce que l’on ressent en admirant les toiles de Rember.


 



 


 



 


Crédits peintures: Rember Yahuarcani


Contact : remberyahuarcanil@hotmail.com



 



 


Mots-clés : art, peinture, Amazonie, peuples indigènes

Les commentaires :

  1. Mardi 18 Septembre 12 à 07h17, par Rosario
    Maravillos tus pinturas estoy facinada.

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