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Les Yaneshas

Samedi 27 Février 2010 à 01h34

Par Marie des Neiges, dans la catégorie : Biodiversité

Le Pérou est l’un des pays du monde qui compte le plus de diversité ethnolinguistique (1) et culturelle.

L’Amazonie couvre environ 62% du territoire national. Dans cette région coexistent 12 familles linguistiques et 42 peuples.

Le peuple Yanesha compte presque 8000 individus qui représentent 2,3 % de la population indigène recensée du Pérou.

Ils vivaient traditionnellement de la chasse, de la pêche et de l’agriculture. Aujourd’hui les animaux sauvages se raréfient et la chasse, devenue très occasionnelle, est réservée aux grandes occasions. Les cultures agricoles ont également évoluées et ne se limitent plus à satisfaire l’autoconsommation. Les Yaneshas essayent d’accéder aux marchés régionaux, nationaux et même internationaux en cultivant du café, des bananes, du maïs, des fruits, du manioc ou de l’achioté (colorant naturel).

Ils tirent également de maigres revenus de la vente de plantes médicinales telle que la griffe de chat (Uncaria tomentosa) et de l’exploitation forestière.

Les communautés Yaneshas sont recensées principalement sur trois régions (Huanuco, Junin et Pasco).

Ils vivent dans la « selva alta », la forêt amazonienne d’altitude (entre 800 et 2500 mètres). Dans ces régions accidentées, le manque crucial d’infrastructures routières (pistes de terre) et de communication rendent difficiles et couteux les échanges commerciaux.

Ces conditions difficiles font le bonheur des narcotrafiquants qui y installent leurs laboratoires et maintiennent un climat de violence dans la région.

Les Yaneshas doivent également supporter des pressions constantes sur leurs territoires et leurs ressources naturelles de la part d’entreprises pétrolières et d’exploitation forestière, ces dernières étant souvent illégales. Malgré ces pressions et leur isolement, ils arrivent encore à conserver encore leur culture, leur coutume et leurs savoirs.



 

Leur manière de voir le monde, leur cosmovision, est très riche. Ils entretiennent un rapport direct et étroit avec la nature et avec les esprits qui y vivent. Leur monde ne se limite pas aux frontières du physique et du palpable. Bien au contraire, leur vie est bercée, ou agitée, par la présence d’esprits. Dans les plantes, les animaux, les arbres, les rivières, ou la terre vivent des divinités. Bienveillantes ou malveillantes, elles rythment leur vie et sont la base de leur lecture du monde.

Certaines pathologies s’expliquent ainsi par la présence d’esprits mauvais qui auraient attaqué le malade.

Les clés du monde invisible ne sont pas données à tout le monde. C’est au travers d’une longue initiation que les tradipraticiens, les guérisseurs, les herboristes ou les chamans vont gagner le droit et le pouvoir d’interagir avec les esprits.

Dans leur vie quotidienne, les Yaneshas utilisent des rituels afin de maintenir de bonnes relations avec les esprits. Lorsqu’une femme plante du manioc elle va planter soigneusement plusieurs variétés de manioc adaptées à des sols et des climats différents. Elle va accompagner son travail de chants sacrés dans l’espoir d’obtenir la bonne volonté des esprits de la terre et surtout de l’esprit-mère du manioc afin d’assurer une abondante récolte.

Ces croyances constituent le cœur de la culture Yanesha.

Nous avons découvert cette culture lors de nos voyages en territoire Yanesha pour le projet de culture de sacha inchi et pour identifier de nouvelles plantes intéressantes. Nous avions envie de partager avec vous la richesse de cette culture et leur vision du monde.

Pour en savoir plus, lire aussi les articles de Denis Sergent sur les savoirs  médicinaux des Yaneshas publiés dans La Croix en cliquant ici !


1. L'ethnolinguistique est une discipline des sciences humaines qui se penche sur la variabilité linguistique à travers les différentes sociétés humaines.

 


Crédits photo : MDN Vendeuvre

 

 

 

Mots-clés : biodiversité, savoirs traditionnels, yanesha

Les commentaires :

  1. Samedi 27 Février 10 à 08h01, par Ari
    L'échange que vous pratiquez est top! On parle souvent de commerce équitable pour se donner bonne conscience (en tant qu'entreprise ou en tant que consommateur) mais on ne parle quasiment pas de ces peuples qui son derrière.
    C'est une très belle aventure humaine. Continuez!
  2. Samedi 27 Février 10 à 13h43, par Geneviève Joutard
    Une fois de plus le reportage de Marie des Neiges nous entraine dans un autre monde et comme le dit si bien Ari dans une belle aventure humaine,en esperant que cela ne basculera pas dans les luttes de pouvoir et d'influence avec ceux qui par derriere cherchent un profit maximum,sans se soucier de balayer tout un passé et toute une culture.Merci encore.
  3. Dimanche 28 Février 10 à 00h52, par Marie /Aïny
    Chère Geneviève, Cher Ari,
    Merci por vos messages et encouragements !
    La beauté du monde et son enchantement se nourrissent de la richesse de ces cultures vivantes.
    Nous vous invitons à découvrir très bientôt le portrait de Brigida Ballestero. Un femme extraordinaire , présidente d´une petite association de producteurs Yaneshas.
    Merci encore pour votre soutient.

    Bien à vous.
    Marie des neiges

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