Les plantes sont des personnes

Mercredi 17 Mars 2010 à 14h30

Par Marie des Neiges, dans les catégories : Biodiversité, Rencontre avec...

Suite de l'interview de Céline Valadeau

 

Comment les plantes agissent-elles ?

Il est important de préciser que l’on se trouve face à un modèle animiste. Selon la cosmovision yanesha, dans les temps ancestraux, tout le monde était humain sur terre. L’époque des transformations eu lieu lorsque les divinités ont quitté la terre. Certains hommes sont alors devenus des plantes, des animaux ou encore des rochers. Aujourd’hui ce qui différencie les hommes des animaux et des plantes c’est l’enveloppe corporelle. En somme, on est tous composés d’un principe vital. Cette énergie vitale est le principe qui permet de penser. C’est la conscience. Le « soi ».

La plante possède aussi une. Elle est douée d’une intentionnalité. Elle est capable de réfléchir. La plante est une personne.

Lorsqu’un individu tombe malade, c’est parce qu’il a perdu un morceau de son principe vital. La plante va agir en décidant de lui conférer le sien afin de « recoller les morceaux manquants ». En agissant ainsi la plante meurt.

 

Pourquoi faut-il demander l’autorisation aux plantes avant de les couper ?

Comme les plantes sont des personnes, il faut quand même leur demander l’autorisation de leur ôter la vie ! Il est nécessaire de procéder à des orations afin de leur demander leur permission avant de les couper. Dans le processus de soin, il faut demander à la plante la permission de la cueillir, et donc la permission qu’elle donne son principe vital. Si on lui demande rien, la plante est inactive.

 

Vous avez fait une découverte très intéressante sur le système de classification des plantes chez les yanesha. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, il y a des humains qui ont des apparences d ’hommes, d’autre qui ont des apparences de plantes et d’autres d’animaux. Tout le monde vit en société. Il existe donc des systèmes de hiérarchies et des liens de parenté aussi chez les plantes. On peut alors identifier la plante « grand père », la plante « cousin », la plante «petit fils », etc… Or, le fait qu’elles appartiennent à la même lignée généalogique ne signifie pas forcement qu’elles appartiennent à la même famille botanique.Ce sont les mythes qui expliquent les généalogies.

Dans les traitements, lorsque deux plantes sont mélangées, elles sont en général « les maris » et « les femmes », car elles se potentialisent l’une l’autre. Mais la plupart du tempsles plantes médicinales sont utilisées toutes seules.

Il y a une plante qu’on dit être la mère de toutes. Elle est capable de rendre malade et de tuer quiconque ne respecteraitpas les plantes et les animaux. Les yanesha la respecte beaucoup et respectent systématiquement toutes les formes de vie.

La mère des plantes. Je ne l’ai jamais vue. On m’a dit qu’elle vit très loin. Par delà, les collines.


Comment peut-on définir la notion de beauté chez les yanesha ?

Je pense que la notion d’esthétique physique représente l’affirmation de l’humanité individuelle. Si une personne a une cushma (tunique traditionnelle) propre, bien brodée, avec des ornements en bon état. Elle est considérée par autrui comme une personne entière, active socialement :qui va bien. Je ne sais pas si on peut parler d’un effort esthétique réel de la part des gens ou plutôt du fait d’affirmer son identité dans le groupe.

Chez les yanesha comme dans beaucoup de sociétés en Amérique du sud, le fait de couper ses cheveux est le marqueur d’une étape importante et le signe d’un changement.

Je pense que le fait d’avoir de beaux cheveux est équivalent au fait d’avoir une belle cushma. Cela fait parti d’un ensemble identitaire. La cushma est partie intégrante du corps. Si les yanesha perdent un bout de leur vêtement ou de leurs ornementations ils peuvent tomber malade. Perdre un ornement pour eux est équivalent à perdre un morceau de soi!

Dans leur système de référence, et d’après ce que j’ai pu en comprendre, à partir du moment où la personne a les cheveux ternes et qui tombent, c’est un signe qui montre que la personne n’est pas forcement en bonne santé. Le fait de laver ses cheveux avec des plantes ou de porter de jolis ornements fait entièrement partie de l’intégration sociale. Telles sont les conditions pour être considéré comme quelqu’un d’entier.

En résumé, je pense que l’on peut ramener le concept de beauté au fait d’avoir tous les traits physiques et corporels positionnant la personne comme un être pleinement social.


Quel est le rôle des peintures ?

Ils se font des peintures corporelles avec le fruit du huito (teinture noire bleutée) lors de certains rituels. Ces peintures différentes en fonction des âges, des sexes et des situations. Elles sont parfois protectrices, parfois l’affirmation de certains traits de caractères. Les peintures sur le corps et sur la cushma permettent aussi aux yanesha d’avoir l’apparence d’un animal. L’idée étant de faire en sorte qu’un animal puisse reconnaître la personne comme un des sien, car il est « habillé » comme lui.

 

Est-ce qu’ils vont utiliser des plantes pour attirer et séduire ?

Les yanesha comme beaucoup de peuples d’Amazonie connaissent et utilisent des plantes secrètes appelées pusanga. Il s’agit de plantes dont les pouvoirs sont de conférer à une personne certaines caractéristiques comportementales particulières dans le but de séduire quelqu’un de précis. Par exemple, si un jeune homme sait qu’une femme apprécie la qualité d’un homme d’être un bon chasseur, il va prendre la plante qui permet d’être bon à la chasse. Le principe de la pusanga, dans le contexte yanesha, est de permettre à la personne de pouvoir se transformer afin d’obtenir les talents ou caractéristiques qui plaisent avec l’idée sous-jacente suivante : « parce que j’ai acquis les choses qui te plaisent, tu vas rester avec moi ». Mais tout cela part d’un but personnel : modifier son propre tempérament.



 Crédit photo: Pierre Valadeau


 

 

Mots-clés : yanesha, plantes, beauté, médecine traditionnelle

Les commentaires :

  1. Jeudi 18 Mars 10 à 13h52, par saget
    Merci Marie et Céline pour cette interview passionnante

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