L'ungurahua: le palmier sacré d'Amazonie

Lundi 29 Mars 2010 à 02h50

Par Marie des Neiges, dans la catégorie : Biodiversité

Manuel observe la cime du palmier à plus de trente mètres, puis s’élance. Armé d’un ingénieux système de cordes, il grimpe avec une agilité déconcertante le long du tronc. En quelques instants, il arrive au niveau des branches, là ou se trouve la grappe de fruits. D’un coup sec, il coupe avec sa machette la grappe, qui est récupérée plusieurs mètres plus bas dans un filet tendu par sa femme.

La grappe contient entre 1200 et 2000 fruits et pèse près de 40 kg. Les fruits d’une couleur noire-bleutée brillent au soleil. Ils ressemblent à de grosses olives. Sous une peau épaisse et dure, se cache une couche de pulpe huileuse couleur lie-de-vin.

Le palmier porte le nom scientifique d’Oenocarpus bataua, le mot « Oenocarpus » étant dérivé de deux racines grecques « oinos » qui signifie « vin » et « karpos » qui signifie « fruits ». Les premiers explorateurs d’Amérique du Sud ont ainsi nommé ce palmier après avoir observé les peuples indigènes utiliser les fruits du palmier pour produire des boissons fortifiantes et nourrissantes.

 

PALMIER UNGURAHUA OENOCARPUS BATAUA

L'ungurahua

Aujourd’hui encore, dans les forêts humides de moyenne et basse Amazonie, les populations locales attendent avec impatience la saison des pluies qui annonce la fructification du palmier. La pulpe des fruits, très riche en protéines et en calories, est utilisée pour la production de jus ou de glaces. En Équateur, on raconte que les anciens Huaroni, lorsqu’ils étaient nomades et sujets aux conflits avec les autres groupes, se cachaient dans la jungle et s’alimentaient quasi-uniquement de fruits d’ungurahua. Ils pouvaient ainsi supporter de longues marches ainsi que les affrontements. Dans la région amazonienne, les habitants consomment régulièrement le « lait » obtenu lors de la macération de la pulpe dont la protéine est semblable à la caséine. Le « lait » d’ungurahua est comparable au lait maternel pour son contenu en graisses, protéines, et son pouvoir nourrissant.

Le palmier porte des noms différents suivant le pays où on le trouve : ungurahui au Pérou, ungurahua en Équateur ou encore majo en Bolivie. En Amazonie colombienne, le palmier est appelé « mil pesos » pour symboliser toutes les richesses et l’abondance qu’il apporte à la communauté et à l’écosystème forestier.

L’ungurahua offre un abri et une source d’aliments à une grande partie de la faune ; les fruits, sont consommés largement par les oiseaux, les mammifères, les insectes et beaucoup d’autres espèces qui vont jouer un rôle de disperseurs de graines et régulateurs des populations.

Les feuilles du palmier sont très utilisées pour la construction des toits des maisons et pour l’artisanat en raison de leur longévité et de leur résistance.

Le palmier est considéré comme sacré par les indiens d’Amazonie pour tous les bienfaits qu’il procure pour l’alimentation et la santé. Toutes les parties de l’arbre sont utilisées pour élaborer différents remèdes médicinaux. Le peuple Huaorani d’Équateur se sert des racines extérieures pour soigner les problèmes digestifs et calmer les douleurs abdominales. L’huile est reconnue localement pour traiter les infections pulmonaires allant de la simple toux jusqu’à la grippe. Dans certains cas, l’huile a montré de bons résultats pour le traitement de la tuberculose. Les Boras d’Amazonie utilisent les jeunes pousses du palmier pour traiter les morsures de serpent.

L’huile d’ungurahua est largement utilisée dans les rituels de beauté. Les femmes de peuple Ashuar extraient de manière artisanale l’huile des fruits, puis l’utilisent ensuite sur les cheveux afin de les embellir et les rendre plus brillants. L’huile est reconnue localement pour ses bienfaits contre la chute des cheveux et les pellicules.

 

fruits oenocarpus batua

Fruits de l'ungurahua

Les multiples bienfaits offerts par le palmier, qu’ils soient alimentaires, médicinaux ou cosmétiques, s’expliquent notamment par le très haut contenu en oméga-9 de l’huile, ce qui la rend similaire à l’huile d’olive. Avec une concentration entre 82 à 85%, l’huile d’ungurahua est aujourd’hui la plus riche en acide oléique du monde végétal.

Séduits par ces caractéristiques exceptionnelles, et particulièrement ses propriétés nourrissantes et protectrices de la peau, nous avons choisi d’utiliser l’huile dans nos soins.

L’une des menaces qui pèse aujourd’hui sur l’espèce est la déforestation. De nombreux cueilleurs choisissent en effet de faire tomber l’arbre pour récupérer les fruits au lieu de grimper sur le tronc. L’ungurahua a besoin de beaucoup d’ombre pour pouvoir pousser. La destruction progressive des forêts rend de plus en plus limitées les zones possibles de reforestation du palmier. Aujourd’hui l’espèce n’est pas menacée, mais il est nécessaire de la maintenir dans son milieu naturel et de mettre en œuvre une gestion durable de l’extraction des fruits.

Aïny travaille en Équateur avec une association de producteurs du peuple Ashuars qui conservent avec beaucoup de soins et de conscience leurs ressources. Les fruits sont récoltés en utilisant les techniques traditionnelles de cueillette, c'est-à-dire le recours à un système de corde pour monter à l’arbre.

Bien au-delà de ses valeurs écologiques, économiques, médicinales ou cosmétiques, l’unguruhua est l’une des espèces les plus importantes dans la cosmovision de certains peuples d’Amazonie. Ils lui attribuent de nombreuses fonctions spirituelles. Les Makunas du fleuve Piraparana, en Amazonie colombienne, perçoivent l’ungurahua comme l’incarnation physique d’esprits féminins qui continuent d’alimenter les humains avec leur lait maternel. Pour certains peuples d’Amazonie, l’esprit de l’arbre les protège quand ils partent au combat et augmente le pouvoir des chamanes pour lancer des sorts. Ses fruits sont utilisés comme porte bonheur en Bolivie et comme filtre d’amour au Pérou.

 

 Grappe sur laquelle poussent les fruits du palmier

Credits photos: Marie des Neiges Vendeuvre

 

Mots-clés : ungurahua, oméga-9, beauté, biodiversité

Les commentaires :

  1. Samedi 03 Avril 10 à 01h14, par jmichel gassend
    Merci Marie pour cette magnifique présentation ;°)
  2. Samedi 04 Juin 11 à 15h32, par Laetitia
    Sais tu ou je pourrais en trouver en france de lhuile d'ungurahua?
  3. Dimanche 12 Juin 11 à 23h18, par Daniel
    Bonjour Laetitia
    A notre connaissance l'huile d'ungurahua n'est pas vendue en France.
    Bien a vous
    Daniel
  4. Vendredi 01 Mars 13 à 22h36, par CHETARA FATIHA
    je souhaiterai trouver de l'huile d'ungurahua qui n'est apparemment pas vendue en France Comment faire pour en avoir Merci

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