Aujourd'hui pour toi, demain pour moi

Vendredi 07 Mai 2010 à 17h07

Par Marie des Neiges, dans la catégorie : Art et culture

Depuis des temps immémoriaux, l’ayni est la règle qui maintient la cohésion et l’harmonie dans les Andes. L’ayni est un principe de réciprocité mutuelle qui fonctionne sur le modèle suivant : il faut donner pour recevoir. Chaque action réalisée pour autrui attend une réponse équivalente.

Si une personne a besoin d’aide pour construire sa maison, les autres membres du village vont venir l’aider. En retour la personne est engagée moralement à offrir son appui à ceux qui l’on aidée.

Ce principe de réciprocité fonctionne principalement au niveau de la sphère familiale mais s’étend aussi aux relations avec l’ensemble des membres de la communauté. L’ayni est utilisé pour tout type de tâches ou de services : du travail des champs à la préparation du pain en passant par de l’aide économique (pour financer l’organisation d’un mariage par exemple). Aujourd’hui pour toi, demain pour moi !

L’altitude, le froid glaçant la nuit et le soleil brûlant la journée rendent les conditions de vie dans les villages andins extrêmement difficiles. La cohésion et l’harmonie de la communauté se maintiennent toutefois grâce à cette entraide mutuelle.

Au temps des Incas, l’ayni fut utilisé comme principe de base du fonctionnement et de la gestion de l’empire du Tahuantinsuyo. Il a permit d’assurer une bonne distribution de la nourriture et de maintenir ainsi de bonnes conditions de vie pour l’ensemble des citoyens de ce vaste empire qui s’étendait de la Colombie jusqu’au sud du Chili.

Dans la pensée andine, toutes les choses ont une vie et toutes les choses sont reliées entre elles. La terre alimente les plantes, qui produisent de l’oxygène pour assurer la vie des animaux qui à leur tour vont contribuer à maintenir la fertilité (pollinisation, engrais, aération des sols, etc.). Il existe un véritable flux de relations et d’énergie entre les différents éléments de la nature basée sur le principe essentiel du « donner pour recevoir ».

Les hommes ont donc la responsabilité d’entretenir l’ayni avec l’ensemble des formes de vie présentes sur la terre. Ils « alimentent » la Pacha (la Terre Mère), les Apus (les montagnes sacrées), ou encore les divinités des rivières au travers d’offrandes, afin d’obtenir en échange l’abondance des récoltes ou la protection contre les intempéries.

Il n’y aucune obligation à respecter l’ayni. Il s’agit d’une responsabilité morale propre. Si une personne n’entre pas dans le système de réciprocité, un déséquilibre est créé. A terme cette attitude met en danger la cohésion de la communauté et va affecter profondément l’harmonie avec l’environnement.

Dans le contexte de la quinzaine du commerce équitable, il serait intéressant de s’interroger réellement sur le sens du mot équitable. Au-delà de la problématique des prix, le défi soulevé est beaucoup plus vaste et complexe. Comment repenser notre relation avec les autres et avec la nature ? La sagesse des peuples andins peut être sur ce point éclairante !



 

 Crédit photo : Marie des Neiges Vendeuvre

 

 

Les commentaires :

  1. Samedi 08 Mai 10 à 12h57, par Daniel
    L’ayni dans l'épisode de mardi dernier de Pékin Express (40 ieme minutes) http://www.m6replay.fr/#/emissions/pekin-express/11606

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