Découvrir la médecine traditionnelle andine

Lundi 07 Juin 2010 à 11h28

Par Marie des Neiges, dans les catégories : Art et culture, Rencontre avec...

Comme toutes les grandes cultures du monde, les Quechuas ont construit et nourrit au fil des siècles un système complexe de médecine traditionnelle reposant sur leurs croyances et sur leur vision particulière de voir le monde. Pour comprendre un peu mieux la richesse et la sagesse de cette médecine peu connue en occident, nous avons interrogé Justo Mantilla , biologiste de formation et originaire de la culture quechua. Sa passion pour les plantes médicinales et la médecine traditionnelle est née lors de son enfance passée auprès de sa grand-mère maternelle qui était herboriste.

Il a participé à la fondation de l’IEPLAM (Institut d’écologie et de plantes médicinales) en 1991 dont l’objectif est de promouvoir la culture biologique, la transformation et la commercialisation des plantes médicinales dans les communautés paysannes de la Vallée Sacrée des Incas de la région de Cusco. Devenu directeur de l’institut, il consacre toute son énergie à la conservation et la diffusion des savoirs traditionnels liés à la culture des plantes et à leur usage pour la santé.

Justo Mantilla collabore régulièrement avec Aïny afin de nous aider à mieux appréhender les connaissances sur l’usage des plantes et plus largement comprendre la cosmovision andine. L’huile essentielle de Molle (le parfum des produits de soins Aïny) est produite par une association de femmes quechua appuyée par l’IEPLAM.

 

Crédit photo: Daniel Silva

 

Comment se caractérise la médecine traditionnelle andine ?

Il s’agit d’un système très complet composé d’un ensemble de pratiques et de savoirs ancestraux formés à partir de la vision du monde des peuples andins. Cette médecine est basée sur le principe de l’équilibre et de l’harmonie entre l’homme et son milieu. Par milieu, on entend aussi bien sa communauté que son environnement naturel.

Selon la conception andine, toutes les choses sont liées entre elles. Le concept occidental qui consiste à découper le corps humain en morceau n’existe pas dans cette médecine. Le corps est un. Ce qui se passe dans un endroit du corps va affecter l’ensemble.

Etre malade n’est pas une affaire individuelle. Si un membre de la communauté est malade, ce problème touche l’ensemble de la communauté, qui va se porter solidaire du malade et l’aider jusqu’à sa rémission.

Il existe une manière spécifique de comprendre les maladies, de les diagnostiquer et aussi de les soigner. La médecine traditionnelle andine est principalement axée sur la prévention des maladies. Il existe bien évidement de nombreux traitements curatifs, mais une part essentielle des pratiques est orientée vers la prévention.

Auparavant les gens tombaient peu malades dans les Andes car ils réalisaient une fois par an un nettoyage détoxifiant de leur organisme à l’aide de plantes et utilisaient régulièrement des plantes pour renforcer leur système immunitaire. Ils avaient compris que la maladie venait aussi de l’intérieur de l’organisme et qu’il était donc nécessaire de le purifier. On trouve des références à ces pratiques dans des chroniques très anciennes.

 

Comment se comprennent les maladies dans ce système?

Tout d’abord il faut comprendre que selon la conception andine, toute chose possède une vie, y compris la maladie. Elle est considérée non pas comme quelque chose de pathologique provoqué par une bactérie ou un virus, mais comme une personne.

Lorsqu’une personne tombe malade, la première chose que fait la famille avant d’aller chercher le médecin, est d’installer une table à côté du malade et d’y déposer des aliments délicieux en offrande pour la maladie.

Leur manière de penser est la suivante: « je t’offre tout cela pour que tu laisses ce corps tranquille, et que tu t’en ailles ». Ils ne considèrent pas la maladie avec colère et mépris, bien au contraire ils la traitent avec beaucoup de tendresse. Le fait de mettre de la tendresse et du cœur dans toutes leurs actions est l’une des caractéristiques des peuples andins.


Comment les gens tombent ils malades ?

La médecine traditionnelle andine distingue deux types de maladies, celle d’origine physiologique et celle d’origine surnaturelle.

Comme origine sous-jacente à la maladie, on trouve toujours l’idée d’une rupture et de la perte d’un certain équilibre. Si une personne mange un aliment contaminé et tombe malade, la cause de la maladie est physiologique.

Il est intéressant de voir que dans les communautés, les maladies sont très souvent causées par le comportement de la personne. Si une personne rompt l’une des règles de comportement ou de morale, ou pénètre dans un lieu sacré et interdit sans autorisation elle va tomber malade. Ces affections sont dues à des causes surnaturelles.

Afin d’éviter la maladie, il est donc nécessaire de maintenir de bonnes relations avec son entourage, sa communauté, et avec les dieux tutélaires tels que les montagnes ou les lagunes. Il existe des plantes pour soigner les maladies d’origine physiologiques et d’autres pour soigner les maladies surnaturelles.

 

Comment sont réalisés les diagnostiques?

Les tradipraticiens andins ont recours à des méthodes bien particulières afin de réaliser leurs diagnostiques. L’une des manières les plus connues est la lecture des feuilles de coca. Le médecin jette sur une couverture les feuilles de coca et il va déterminer l’origine de la maladie en fonction de la manière dont les feuilles sont tombées. Le médecin est capable de voir si la maladie est d’origine physiologique ou surnaturelle et donner en fonction le remède le plus adapté.

On peut remplacer les feuilles de coca par des grains de mais. Ces premiers diagnostiques sont complétés par la prise du pouls et l’observation de l’urine du patient.

Une des pratiques ancestrales qui se maintien encore aujourd’hui pour réaliser le diagnostique s’appelle « le passage du cuy ». Le cuy est une sorte de petit cochon d’inde qui est consommés de manière traditionnelle dans les Andes. Le médecin « frotte » l’animal sur le corps du patient, puis il ouvre ses vicères afin de voir à l’intérieur quelle partie de l’organisme de l’animal est touchée. Le cuy est réputé pour sa capacité à « capter » les maladies. Le cuy sert alors d’échographie.


Retrouvez la suite de l'interview dès demain!


Les articles du blog sur la culture quechua

Les kallawaya ,médecins traditionnels itinérants

"Les hommes sont comme des arbres", rencontre avec la chanteuse et actrice quechua Magaly Solier

Aujourd'hui pour toi, demain pour moi: l'ayni la loi de réciprocité

Dans les coulisses de Ainy en video


 

 

 



 

 

Mots-clés : médecine, savoirs tradionnels, quechua, cosmovision

Ajouter un commentaire :

(ne sera pas publié)