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La princesse chamane

Vendredi 18 Juin 2010 à 17h38

Par Marie des Neiges, dans la catégorie : Art et culture

Au loin les vagues du Pacifique se brisent sur la côte désertique, à midi le soleil irradie une chaleur et une lumière insupportables Les alentours ne sont que sables et poussières. On raconte qu’auparavant la région était fertile. Ce paysage aride a caché en son sein pendant près de 1700 ans l’histoire d’une femme extraordinaire.

En 2006, une équipe d’archéologues péruviens découvrirent sa tombe dans l’une des pyramides de terre cuite du Temple du Sorcier (la huaca del brujo), complexe religieux datant de la civilisation Mochica, situé dans la région de Lambayeque à 700 kilomètres au nord de Lima.

Ce qu’ils ont vu en premier fut le hibou qui veillait sur elle, médiateur symbolique entre le monde des morts et des vivants représenté sous la forme d’un vase en céramique. L’objet avait aussi la fonction de recevoir les offrandes sacrées comme la chicha (boisson traditionnelle faite à base de maïs). Sous un système de protection très élaboré, ils découvrirent intacte la Dame de Cao.

La Dame de Cao était une femme de pouvoirs.

Les objets qui l’accompagnaient en témoignent. Son visage était protégé d’un disque d’or. Autour d’elle les archéologues ont retrouvé une multitude de bijoux (boucles d’oreilles, bijoux pour le nez, colliers) réalisés avec des alliages d’or, d’argent ,de cuivre et de pierres précieuses.

 

Boucle pour le nez . Crédit photo: Daniel Silva

 

Les Mochicas étaient définitivement d’éminents orfèvres. L’or étant très rare dans cette région, il était considéré comme un métal divin, utilisé uniquement pour orner l’élite religieuse et politique.

La Dame de Cao était entourée de quatre couronnes d’or dont l’une était gravée de la tête d’un félin et de deux bâtons de pouvoir en bois, recouverts en partie de cuivre doré, signes de sa puissance et de son autorité. Jamais auparavant de tels symboles de pouvoir n’avaient été retrouvés accompagnant une femme. La Dame de Cao avait le pouvoir de gouverner les hommes.

En élevant une femme à un tel statut, quatre siècles seulement après JC, les mochicas ont fait preuve d’une étonnante modernité.

Elle possédait d’autres pouvoirs à caractères divins, tel que le don de communiquer avec les esprits des autres mondes et celui de soigner. Ses pouvoirs étaient inscrits en elle sous la forme de tatouages. Elle portait sur ses bras, ses mains, ses jambes, ses pieds et ses doigts de nombreux dessins tels que des serpents et des araignées, symboles de la fertilité de la nature. Les araignées par leur habileté à tisser leur toile représentent aussi le lien entre le monde des vivants et des morts, et illustrent la communication entre le monde des vivants et des esprits.

 


Tatouages représentants des serpents et des araignées sur l'avant-bras de la Dame de Cao.
Crédits: César Galvez/ Régulo Franco/Fondation Wiese/INC

 

Sur ses bras sont dessinées des plantes, dont l’une semblerait être le San Pedro. Il existe des sources indiquant que ce cactus hallucinogène fut utilisé pendant des millénaires par les guérisseurs locaux pour réaliser leur diagnostique et soigner. Ces tatouages révèlent que la Dame de Cao était guérisseuse, mais ils recèlent de nombreux mystères que les chercheurs commencent à peine à déchiffrer.

Au musée qui vient d’être créé pour elle, faire sa connaissance soulève une multitude de questions Qui était-elle ? Avait-elle une vie personnelle à côté de l’exercice du pouvoir ? Pouvait-elle concilier les deux ? Qu’a t elle vu, vécu, ressenti ? Que signifiait être femme mochica il y a 1700 ans? Dans le musée, dans le silence, l’arrière-arrière-arrière-arrière-arrière ….grand-mère des péruviens est là, au fond d’une salle, plongée dans l’obscurité, à l’abri derrière des miroirs et des vitres, couverte d’un tissu. La vue de ses longues tresses noires rappelle de manière saisissante et émouvante que la Dame de Cao a été un jour une femme de chair et de sang.

 

 

Crédit: José Antonio Peñas

 

Pour plus d'informations sur le musée de la Dame de Cao

http://www.fundacionwiese.com/in/arqueologia/museodesitiocao.html

Pour découvrir la culture des Mochicas, voici le lien vers un ouvrage majeur (en espagnol !)

http://losmochicas.perucultural.org.pe/


Je remercie sincèrement les archéologues César Galvez Mora (INC) et Régulo Franco Jordan (Fundacion Wiese), directeurs du projet archéologique du site "El brujo", pour leurs précieuses informations et pour avoir su me transmettre  leur passion pour la culture Mochica.


 

 


 

Mots-clés : chamane, femme, beauté

Les commentaires :

  1. Samedi 19 Juin 10 à 01h52, par chrystelle
    Waouh! Superbe,merci!

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