En terre inconnue (Part II)

Dimanche 06 Décembre 2009 à 17h20

Par Marie des Neiges, dans la catégorie : Biodiversité

Le guide prend sa machette. D’un geste précis et sûr il entaille légèrement l’écorce d’un arbre.  A l’endroit de l’incision apparaît tout d’un coup un liquide épais et rouge. Le contraste entre le tronc blanc immaculé et cette goutte pareil à du sang est saisissant. Walter nous explique que le latex qui coule du « Sangre de Drago » (Croton Lechleri) est utilisé dans la pharmacopée traditionnelle comme cicatrisant, antiseptique et anti-inflammatoire. Un peu plus loin, il s’arrête et  montre une plante qui permettrait d’oublier. Elle est utilisée pour guérir les peines de cœurs et pour les périodes de deuils. La plante de l’oubli, intéressant.

Pour l’anecdote, nous avons demandé à Walter de cueillir quelques feuilles afin de pouvoir l’essayer en infusion! Il a oublié trois fois le sac avec les feuilles pendant la marche. Etrange, étrange !

Sangre de grado


La forêt amazonienne révèle bien des mystères et des trésors. Il faut avoir été initié pour savoir déchiffrer et interpréter ce langage « vert ». Quelle feuille cueillir ? Quelle quantité utiliser ?

La recherche scientifique indigène se fait in situ, au contact direct de la nature. Il aura fallut aux « curanderos », les tradipraticiens locaux, des centaines, voir des milliers, d’années afin de pouvoir identifier, décoder et maîtriser parfaitement le langage des lianes, des racines et des feuilles.


Il n’existe pas une médecine traditionnelle mais une multitude.Chacune se distinguant des autres dans la manière dont la culture locale appréhende et organise le monde (sa cosmovision), et définit les notions de santé, de vie et de mort.

On distingue trois grands courants de systèmes de médicine traditionnelle au Pérou. Chacun étant lié à l’une des grandes régions que compte le pays : la selva (ou la jungle amazonienne), la sierra (la cordillère des Andes) et la Costa (la côté désertique qui longe l’océan Pacifique).

 


Trois régions, Trois mondes ! Chacune est en effet très marquées géographiquement et climatiquement.

Imaginez vous qu’il est possible de passer en moins de quelques heures du froid sec des sommets montagneux, avoisinant les 5000 mètres d’altitude, à la chaleur torride et humide de la luxuriante forêt tropicale. Sur un territoire équivalent à peu prêt deux fois et demi la France, le Pérou abrite 84 types d’écosystèmes différents allant des forêts tropicales nuageuses aux plaines d’altitude désertiques des Andes, en passant par les mangroves sur la côte.

La grande diversité de climats et d’habitats naturels a donné naissance à une biodiversité extraordinaire.

Sur les 25 000 espèces de plantes récensées au Pérou (10 % du total mondial), 30 % sont endémiques (on ne les trouve qu’ici).

Chaque jour de nouvelles espèces sont découvertes, le plus souvent avec l’aide des populations locales qui ont su jusqu’à présent préserver et développer cette richesse génétique.

La nuit commence à tomber. Il est temps de rentrer au campement. Rapidement !

C’est l’heure de prédilection des moustiques.

Bien en sécurité sous nos moustiquaires, nous nous laissons bercés par la mélodie (autant harmonieuse qu’incompréhensible) de la conversation de Walter et de sa femme Brigida. Ils sont Yaneshas…Yané quoi ? Ah cela est une autre histoire….


 Crédit photos: Daniel Silva, MDN Vendeuvre

 

 

Mots-clés : biodiversité, beauté, cosmovision, diversité, plantes médicinales, tradipraticiens, écosystèmes, initiation, savoirs traditionnels, yanesha

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